Manneken-pis en 10 clés

Mais il est tout petit !

01. Mais il est tout petit !

Il est toujours étonnant de constater à quel point la célébrité de Manneken-Pis est inversement proportionnelle à sa taille. La statuette ne compte que 55 cm de haut, mais sa notoriété est grande. Et pourtant, qui connaît vraiment son histoire ? Elle remonte au Moyen Âge. Au milieu du 15e siècle, un Manneken-Pis orne déjà une fontaine publique située au croisement des rues du Chêne et de l’Étuve. La population s’attache à cette figure d’enfant urinant. Rien d’étonnant donc qu’en 1619 les autorités bruxelloises s’adressent à un sculpteur renommé, Jérôme Duquesnoy l’Ancien (vers 1570-1650), pour faire réaliser une nouvelle statuette en bronze lorsqu’elles décident de réaménager la fontaine. Au milieu du 19e siècle, Manneken-Pis devient une fontaine uniquement ornementale. La grille qui le protège rend désormais également inaccessible la vasque dans laquelle se déverse son eau.

Incarnation des Bruxellois

02. Incarnation des Bruxellois

Avec son air à la fois tendre et malicieux, Manneken-Pis a su gagner le cœur des Bruxellois, au point qu’ils s’identifient à lui. L’attaquer, c’est leur porter atteinte. Inversement, quand on s’en prend à eux, c’est lui qui est leur porte-parole. Ainsi, quand en 1695 le roi de France Louis XIV bombarde la ville, Manneken-Pis s’exprime au nom des Bruxellois pour se moquer du roi de France et lui souhaiter bien des mauvaises choses. En 1747, des soldats français enlèvent la statuette. Pour éviter l’affrontement entre ses militaires et la population, Louis XV la nomme Chevalier de l’Ordre de Saint-Louis et lui offre un costume d’apparat. En 1817, Manneken-Pis est volé. Rattrapé, le coupable est châtié au-delà de toute mesure : travaux forcés, marquage au fer rouge et exposition publique ! Durant les deux guerres mondiales, l’image de la statuette est utilisée pour manifester l’esprit de résistance face à l’occupant. Dans des temps moins dramatiques, son geste, somme toute bien naturel, a pu aussi être utilisé pour railler gentiment l’autorité, les règles de bienséance et la pudibonderie. Plus récemment, c’est encore et toujours lui qui a été choisi pour exprimer la tristesse et la colère de la population à la suite des attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles.

Une statue habillée ?!

03. Une statue habillée ?!

Le fait d’habiller des statues religieuses, la Vierge et le Christ en particulier, est connu. Bien plus rares sont les statues profanes que l’on vêt. Manneken-Pis est probablement la seule statuette au monde à posséder une vraie garde-robe. La tradition de l’habiller remonte au moins à 1615, année où il apparait costumé en berger dans le tableau de Denis Van Alsloot figurant la traditionnelle procession de l’Ommegang. Le premier don avéré d’un habit remonte à 1698, mais le costume original le plus ancien conservé au musée est celui offert par Louis XV en 1747. Au 18e siècle, la statuette est habillée au moins quatre fois par an, à l’occasion de festivités importantes. Actuellement, un calendrier officiel d’environ 130 habillages est établi chaque année.

Près de 1000 costumes !

04. Près de 1000 costumes !

Manneken-Pis possède aujourd’hui près de 1000 costumes. Jusqu’au 19e siècle, sa garde-robe s’enrichit peu. Alors offerts par des autorités publiques, ses premiers habits sont prestigieux. Entre 1918 et 1940, il reçoit une trentaine de nouveaux costumes. À partir de 1945, et jusque dans les années 1970, on lui en remet chaque année, entre 5 et 15. Depuis les années 1980, c’est entre 25 et 30 nouveaux costumes que la statuette se voit offrir chaque année. La nature des donateurs s’est diversifiée. En lui remettant un costume, des associations – sportives, sociales, carnavalesques, etc. –, des personnalités ou encore des ambassades veulent rendre hommage au petit ketje de Bruxelles et, à travers lui, à la ville ; une manière d’acquérir une certaine visibilité et de faire parler de soi. Tous les continents sont représentés dans cette riche collection. Mais, sans surprise, les costumes belges ou européens sont les plus nombreux.

Une très sérieuse commission

05. Une très sérieuse commission

Pour offrir un costume à Manneken-Pis, une demande officielle doit être adressée au Collège des Bourgmestre et Échevins de la Ville de Bruxelles. La proposition est examinée par une commission composée de membres de l’Ordre des Amis de Manneken-Pis et de représentants de la Ville de Bruxelles. Un règlement soumet l’acceptation d’un costume à certaines conditions. Les tissus utilisés doivent être de bonne qualité pour assurer la conservation de l’habit et la statuette ne peut être utilisée pour faire de la politique, du prosélytisme ou de la publicité. Si la proposition est agréée, les consignes de coupe sont confiées au donateur qui se charge de la confection du costume. Une cérémonie officielle de remise est ensuite organisée : le nouvel habit est reçu de manière officielle, par un élu à l'Hôtel de Ville. On se rend ensuite en cortège à la fontaine où l'habilleur en a revêtu la statue. Une fois la cérémonie achevée, Manneken-Pis porte toute la journée son nouvel habit qui intègre ensuite la garde-robe. Les donateurs peuvent demander que le costume soit à nouveau présenté à la fontaine pour une occasion particulière, telle qu’une fête nationale, la réunion des membres d’une confrérie ou un événement sportif, culturel ou caritatif.

Habits d’hier et d’aujourd’hui

06. Habits d’hier et d’aujourd’hui

Les premiers costumes de Manneken-Pis, une trentaine au total, ne tiennent pas compte de l’attitude de la statue : leurs deux manches sont rembourrées d'ouate et se terminent par des gants. Depuis 1945, un patron permet la confection de costumes plus adaptés au geste du pisseur. Il a été numérisé dans les années 2000 pour permettre la confection de costumes à l’autre bout du monde. Il n’est pas simple de créer un costume pour cette statuette car non seulement ses mensurations ne sont pas celles d’un enfant réel mais, et surtout, il faut user de malice pour qu’il soit ensuite facile d’enfiler le costume à la fontaine.

Un habilleur officiel

07. Un habilleur officiel

Un acte de 1756 conservé aux Archives de la Ville de Bruxelles est la première mention de l’existence du titre, officiel, d’habilleur de Manneken-Pis. Aujourd’hui encore, un fonctionnaire communal est chargé de vêtir et de dévêtir la statue en fonction du calendrier des costumes. Une tâche qui exige de se lever tôt et de travailler tard, semaine et week-end compris ! En équilibre sur une échelle, par tous les temps et sous le regard des curieux, l’habilleur doit faire preuve d’habileté pour réussir à vêtir cette sculpture dont les pieds sont fixés à un socle, les bras à la taille et qui présente un trou dans le dos pour permettre l'arrivée d'eau.

Une collection vivante

08. Une collection vivante

La garde-robe de Manneken-Pis est constituée de costumes conçus pour être portés sur une fontaine en plein air. Cela fait d’elle une collection muséale tout à fait atypique. Les habits sont donc soumis aux intempéries, aux éclaboussures, parfois même au vandalisme. Autant de difficultés à prendre en compte pour sa conservation à long terme. Après sa sortie à la fontaine, l’habit est soigneusement séché afin d’éviter les moisissures et, si nécessaire, légèrement nettoyé et consolidé avant d’être rangé. Pour le conserver le mieux possible dans les réserves du musée, les différentes parties de chaque costume sont isolées les unes des autres. Ceci limite les accrocs, la migration des couleurs d’une pièce à l’autre et l’écrasement. Malgré les soins apportés, certains habits se détériorent. Ils sont alors confiés à des professionnels de la restauration textile. La diversité des matériaux utilisés (cuir, métal, bois, plastique, etc.) nécessite des réparations multidisciplinaires. Exceptionnellement, il arrive qu’on remplace un costume par une réplique quand son état ne permet plus sa sortie à la fontaine. Il est alors précieusement conservé dans les réserves du musée.

L’Ordre des Amis de Manneken-Pis

09. L’Ordre des Amis de Manneken-Pis

Créé en 1954, l’Ordre des Amis de Manneken-Pis est la mémoire vivante de la statuette. Comptant une centaine de membres, l’Ordre participe activement au folklore qui entoure le célèbre petit bonhomme : de la consultation pour les candidatures de nouveaux costumes à leur inauguration à la fontaine. À cette occasion, les membres de l’Ordre entonnent l’hymne de Manneken-Pis, dû à Maurice Chevalier, vedette française de l’entre-deux-guerres et de l’après-guerre : « Manneken-Pis, petit gars de Bruxelles…. » Au refrain, Manneken-Pis asperge les spectateurs. Lors de certaines cérémonies, le ketje débite de la bière ou du vin, perpétuant ainsi la tradition des fontaines à boire.

Mais il est où, le vrai ?

10. Mais il est où, le vrai ?

Du 18e au 20e siècle, Manneken-Pis est l’objet de plusieurs vols violents. En 1966, les autorités se décident à en faire faire une copie pour la fontaine et à confier la statuette ancienne au Musée de la Ville sur la Grand-Place. N’hésitez pas à aller admirer ce chef-d’œuvre de près ! Votre ticket d’entrée de la GardeRobe vous donne aussi accès au Musée.